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Ma première poésie
Jonathan


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16 messages

posté le 2009-04-27 à 00:34:49

Il faut bien inaugurer avec des créations littéraires cette partie justement réservée à ces dernières. Alors... je me lance !

Puisque depuis quelques mois, je consacre exclusivement mes heures de lecture à la poésie et au théâtre, je vous propose ma toute première poésie (en fait, la deuxième, puisque j'avais dû composer un sonnet en rédaction de 6ème, mais bon, honnêtement, je ne le comptabilise pas).

Je préfère vous avertir : c'est très certainement le niveau zéro de la poésie.


citation :

L’Enfant supplicié

Et nous sommes assis là,
sur cette chaise qui a du mal à supporter le poids de tes mots,
toi sur mes genoux et mes mains sur les tiens ;
et tu me questionnes une fois encore et moi,
veule,
je fuis ton regard,
ton regard qui verse des larmes dont l’acide amertume pénètre douloureusement
mon corps honteusement opulent
et des tréfonds de mon esprit arrache, dissout
mes inanités passées,
mes pleurnicheries ridicules,
mes tergiversations ineptes
sur mon sort de privilégié.

Et je n’ose enserrer trop fort
ton corps meurtri car,
toujours,
lorsque des doigts humains l’effleurent,
ils semblent réveiller la brûlure insupportable,
intolérable,
de ton martyre qui,
chaque jour,
noie tous tes repères dans un océan noir qui veut t’entraîner
dans ses abysses de douleur pour t’y asphyxier.

Et j’admire ton courage lorsque
de ton corps brisé,
tu luttes contre les puissants courants de souffrance
avec une volonté,
une pugnacité
que tous ces héros factices à qui l’on érige des statues de gloire
ne pourront jamais entrevoir !

Et j’admire ton courage encore quand, une fois à la surface,
ayant enfin aperçu le soleil,
magnifiquement énorme,
de l’espérance, qui carbonise de ses rayons
toutes tes peurs,
tu replonges dans cet océan de torpeur pour me confier
ta tristesse, ton histoire.

Quand le bourreau,
ce bâtard,
engendré par l’hideuse copulation de la pleutrerie et de la cruauté,
tous les jours
de tous les mois
de toutes les années
dix ans durant,
te battait de ses poings veules au sang !

Et je te serre maintenant, malgré tout,
tout contre moi
pour tenter d’annihiler toute cette violence
de dénouer ton cœur,
et tu me chuchotes alors à l’oreille
la question tant redoutée
mais si juste :
« Et ceux qui se sont tus ? »

Et leurs assertions me reviennent,
lancinantes, obsédantes, pourrissantes :
« Un enfant battu ? Dans la maison d’à côté ?
c’est navrant
monsieur le commissaire,
messieurs les juges,
monsieur le préfet.
Mais c’est que moi,
je n’en est rien su !
Et si quelques fois je l’ai entendu
gémir, pleurer, hurler
tous les enfants font cela, n’est-ce pas ?
Et si quelques fois j’ai vu
son visage tuméfié, sa maigreur prononcée, sa peur marquée,
je le pensais malade ou maladroit. »

Et c’est moi maintenant qui enfouis mon visage,
mes yeux inondés de larmes
dans tes épaules ;
et je voudrais que tout mon corps se vide pour conjurer
la lâcheté,
l’hypocrisie humaines,
elles qui t’ont durant toutes ces années
fait victime, supplicié !

Et c’est toi maintenant qui sèche mes larmes ;
c’est ton sourire magnifique
d’enfant de douze ans.

Doucement nous nous levons,
main dans la main,
et nous avançons vers un jour nouveau.



Je me suis inspiré, vous l'aurez deviné, de l'actualité dramatique, voire tragique, de ces derniers mois.

J'en profite également pour vous recommander très vivement, si vous êtes amateur de poésie, le site : www.nouvelle-poesie.com . Vous pouvez y promouvoir vos poèmes gratuitement, commentez ceux des autres membres... Bref, une véritable communauté fort agréable.

A ce propos, je vous invite à vous y rendre pour lire plus clairement mon poème (de fait, la largeur du forum fait que les enjambements ne sont pas bien rendus) : http://www.nouvelle-poesie.com/texte-9053-Poemes-Engages-L-enfant-supplicie.php

Dernière modification le 27-04-2009 à 00:40:13

Sklaerenn Baron


Site/blog

16 messages

posté le 2009-04-27 à 18:35:26

Eh bien, je suis bluffée, Jonathan ! Pour une première, c'est plutôt réussi, et le sujet est d'une grande sensibilité. Je te reconnais dans certaines phrases en particulier, et j'apprécie la richesse de ton expression. Ce n'est pas toujours facile.
Puis-je cependant faire une petite critique (constructive, je l'espère !) ? En fait, c'est plutôt une question. Comme tu le sais, il vaut mieux éviter les répétitions ; je ne dis pas cela parce que tu en fais beaucoup, loin de là (!!!!), mais il y en a une qui m'a frappée : "veule", qui est un mot particulièrement fort, que l'on remarque aussitôt, est ici employé deux fois. Est-ce volontaire ?
Par ailleurs, j'aime mieux les phrases plus courtes, spécialement dans un poème, mais ça, c'est une question de goût !!! Note, cela me va bien de dire ça, moi qui écris toujours des textes à rallonge, ah, ah !
Bravo, en tous cas ! J'aime beaucoup ton texte et je vais tout de suite l'imprimer depuis le site de nouvelle-poesie.com (Effectivement, la présentation y est meilleure...) pour le montrer à David. Et je vais aller fureter sur ce site que tu nous recommandes.
Félicitations encore et continue ! Merci de ta contribution et à bientôt, je l'espère, pour nous régaler d'autres textes !

Sklaerenn Baron


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16 messages

posté le 2009-04-27 à 18:42:31

Il faut que j'ajoute un autre commentaire, avant de te quitter, car j'ai oublié de le faire dans le post précédent : ce que j'aime le plus, et de loin, dans ton texte, c'est l'expression de sentiments très forts, je dirais même bouleversants, la douleur, la souffrance, les pleurs, la compassion, la honte, et finalement, l'amour. Bravo, parce que ça, ça m'a vraiment émue. Merci pour ce moment passé à te lire.

Jonathan


Site/blog

16 messages

posté le 2009-05-02 à 07:56:33

J'aimerais, avant de répondre à tes questions, reproduire une question qui m'a été posée sur Nouvelle Poésie :


citation :

Que ce texte est violent, et met en lumière ce que la nature humaine peut révéler de pire: la cruauté, la lâcheté, la violence sur un autre être humain, pire et encore plus odieux...sur un enfant.......
Heureusement, l'espoir est tout de même présent sur la fin du texte.
merci


Et ma réponse :


citation :

Je comprends votre réaction. Ce texte est, de fait, sciemment violent.

Disons qu'il y a deux façons de voir les choses avec ce genre de sujets : soit on lénifie la réalité, et on verse dans le pathétique (au sens littéraire du terme), mais je ne pense pas une seule seconde que le message puisse de cette façon passer ; soit, et c'est le choix que j'ai fait, on tente de marquer les esprits et ainsi de faire pénétrer le message en montrant toute la violence de la situation, à l'état brut.

Pour ce qui est de la fin, plus encore que l'espoir, c'est le retournement de situation impressionnant que j'ai voulu mettre en exergue : c'est l'enfant qui redonne, in fine, de l'espoir au proche et les fait avancer tous deux vers un jour nouveau, et pas l'inverse.

"Un enfant entrouvrira la porte" comme le dit si bien Césaire.


Je pense que cela permet de préciser un point important : le choix du registre polémique du texte.

Le choix des répétitions (l'anaphore de la conjonction "Et" et les trois occurrences de l'adjectif "veule") provient de ma conception de la poésie qui est avant tout musique, chant : c'est donc une sorte de refrain, qui crée un rythme, et fait ressortir le thème le plus prégnant : la lâcheté des hommes à tous les niveaux.

J'ai sciemment employé le terme "veule" pour le bourreau, certes, mais aussi pour le proche (frère, père, ami... je vous laisse le choix) : on comprend bien (du moins l'espéré-je !) qu'il est aussi complice, en quelque sorte, puisque, s'il n'ose l'avouer, il le trace en filigrane : lui aussi s'est tu ou tout au moins a nié, laissé faire.

La longueur des vers a aussi un rôle à jouer. Ainsi les plus courts se rapportent-ils généralement à la volonté, au courage de l'enfant ou, a contrario, à la pusillanimité, à la lâcheté du proche. Tandis que les plus longs, eux, concernent en règle générale le martyre enduré : par leur longueur, leur manque de ponctuation, ils sont de fait désagréables à la lecture.

J'espère avoir fait le tour de tes interrogations !

PS : Je prépare une pièce de théâtre sur ce sujet.

Sklaerenn Baron


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16 messages

posté le 2009-06-05 à 12:29:36

J'ai hâte de la lire ! Travaille bien !
Claire.




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